L'enfant sauvage
Cette sculpture se trouve dans l 'enceinte visitable du Parc animalier des Monts de Guérêt : "Les Loups de Chabrières" (www.loups-chabrieres.com). C'est d'abord un grand territoire de collines boisées où les loups sont en liberté. Ou plutôt en semi liberté car ils sont nourris. Les visiteurs peuvent les observer depuis le chemin de ronde d'un petit village fortifié comme dans Astérix... Ici, l'espace réduit est pour les humains, l'espace ouvert est pour les animaux! Si, de prime abord, un loup ça peut ressembler à un chien, quand on croise le regard d'un loup, ça fait un choc; on a vraiment la sensation d'un animal sauvage, vraiment sauvage. Et c'est aussi un espace muséographique dédié au loup, son histoire, son habitat, ses comportements, son alimentation,... jumelé avec un observatoire astronomique car la visibilité y est particulièrement bonne.
L'appel d'offre pour cette sculpture consistait en l'illustration du concept d'enfant sauvage: un enfant élevé par des loups. Si cette idée a pu faire naître quelques belles pages de littérature: Mowgli, Tarzan, et d'autres, la réalité est bien plus triste. Les quelques rares cas d'enfant sauvage qui ont pu être étudiés font état d'êtres à la frontière entre l'animal et l' humain; ils n'ont jamais accès, même après des années au contact d'humains, à la parole, ni à la station debout. Ils vivent un autisme irrémédiable avec les humains. Car pour devenir humain, il est nécessaire, indispensable d'avoir été dès les premiers jours en contact avec des humains, contrairement aux animaux qui, eux, ont un comportement inné: élevez un chaton loin de tout contact avec d'autres chats, il n'en deviendra pas moins à l'age adulte un chat semblable aux autres chats élevés par une maman chatte. C'est une des spécificités des cro-magnons que nous sommes que de naître ainsi, vierges de tout acquis comportemental; c'est aussi la chance de notre espèce car elle entraîne en conséquence des capacités à s'adapter, à apprendre, à inventer, que n'ont pas les autres espèces, et que, semble t-il, avait moins néanderthal.
C'est cet enfant abandonné, replié sur lui-même, que j'ai voulu représenter pour ce musée, et faire dire à son regard : " De mes parents qui m'ont abandonné dans la forêt pour que j'y meure de faim, de froid, dévoré par des bêtes féroces, ou des loups qui m'ont recueilli, nourri, protégé comme si j'étais l'un des leurs, qui est le plus sauvage? "
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